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Île Acadie ÎPE – PE

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Live the Acadian experience of Prince Edward Island

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L’Odyssée de Pierre Poirier

par Georges Arsenault

Au cours de l’été de 1755, le jeune homme Pierre Poirier et sa femme Marguerite Girouard attendent leur premier enfant. Ils vivent à Tintamarre (près du village actuel de Sackville, N.-B.). Comme la plupart des hommes de la région, Pierre est arrêté au mois d’août et pris prisonnier par les soldats britanniques. En attendant sa déportation, il est incarcéré avec d’autres hommes à Fort Lawrence, situé près de l’endroit où se trouve aujourd’hui le Centre d’information touristique de la Nouvelle-Écosse, non loin d’Amherst.

On autorise les épouses des prisonniers à leur apporter de la nourriture. À la demande des hommes, l’une des femmes apporte un couteau qu’elle cache dans une grande miche de pain. À l’aide de ce couteau, les hommes creusent un tunnel sous les murs du fort. Au cours de la nuit orageuse du 1er au 2 octobre 1755, Pierre Poirier et 85 autres prisonniers acadiens réussissent à s’échapper en passant par le tunnel souterrain de 12 pieds qu’ils avaient creusé!

Pierre se dirige immédiatement chez lui dans l’espoir de retrouver sa femme enceinte d’environ huit mois. Il retrouve le village de Tintamarre complètement abandonné. Il rencontre des Mi’kmaq qui lui disent que les femmes, les enfants et les aînés se sont tous rendus à Cocagne pour échapper à la déportation. Pierre se dirige vers Cocagne où il retrouve Marguerite. De là, le couple navigue jusqu’à l’île Saint-Jean (Î.-P.-É.). Il n’est pas clair si leur enfant naît à Cocagne ou sur l’Île. On sait cependant que Marguerite donne naissance à une fille, Rosalie, le 15 octobre, et que celle-ci est baptisée à Port-la-Joye le 24 novembre 1755.

Pierre Poirier demeure à l’île Saint-Jean avec sa jeune famille jusqu’en 1758. Cet été-là, Lord Rollo et un groupe de soldats britanniques arrivent sur l’Île pour déporter les habitants et habitantes en France. Pierre réussit à échapper à la déportation une seconde fois. Avec un nombre d’autres familles, Pierre s’enfuit dans un camp de réfugiés sur la rivière Restigouche, au fond de la baie des Chaleurs.

Vers 1761, la famille Poirier retourne à l’Île et s’installe à Havre-Saint-Pierre (St. Peters Harbour) pour y vivre pendant de nombreuses années. Pierre et un certain nombre d’Acadiens sont embauchés pour pêcher la morue pour les entrepreneurs britanniques. Pendant son séjour à Havre-Saint-Pierre, Pierre se rend également à Trois-Rivières (région de Montague) au cours de l’hiver de 1768 avec huit autres Acadiens pour couper des pins pour William Livingston, et plus tard la même année, Isaac Deschamps l’emploie comme ouvrier pendant 11 jours pour effectuer des travaux publics sur l’Île, comme défricher des terres pour la colonisation de Charlottetown. 

Pour nourrir sa famille, Pierre travaille pour des anglophones, et ceux-ci semblent avoir de la difficulté à prononcer son nom de famille, Poirier. À leurs oreilles, cela ressemble un peu à Perry, un nom populaire en Angleterre. Et c’est probablement ainsi que le nom de famille de Pierre devient Perry. Il est écrit de plusieurs façons dans les documents du 18e siècle en anglais : Paurie (1765), Purrie (1768), Pery (1790), Perry (1795), Perrie (1798). Pierre Perry semble avoir été le premier Poirier à plus ou moins adopter le patronyme Perry. Pendant de nombreuses années, seuls ses descendants étaient connus sous ce nom sur l’Île.

Après Havre-Saint-Pierre, Pierre Poirier déménage sa famille à la baie Malpèque au début des années 1770 où ils s’installent au lot 17, maintenant North St. Eleanors. La date et l’endroit du décès de Pierre et Marguerite Poirier sont inconnus, mais ils figurent sur le recensement de 1798 du lot 17. En 1799, les Acadiens ont commencé à quitter les rives de la baie de Malpèque pour s’établir ailleurs dans le comté de Prince. Leurs enfants, Pierre (la Grand’couette), Basile, Rosalie et Marguerite figurent parmi les pionniers de Tignish tandis que les autres membres de la famille, Germain et Madeleine, figurent parmi les fondateurs de Mont-Carmel.

Rosalie, née en 1755, épouse Joseph Richard. Ils sont les ancêtres des Richard de la région de Tignish. Marguerite épouse Julien DesRoches et de nombreux DesRoches du comté de Prince-Ouest figurent parmi leurs descendants. Quant à Madeleine, elle épouse Firmin Gallant, surnommé « Panneau », et ils s’installent à Mont-Carmel. Leurs descendants se trouvent en grand nombre dans la région Évangéline, parmi eux se trouvent les familles avec des surnoms tels que Panneau, Cannon, Calumet et Blague.

Plusieurs descendants de Pierre et Madeleine Poirier sont passés à l’histoire :

1) le révérend Sylvain Éphrem Perrey (1802-1887) est le premier Acadien né dans les Maritimes après la Déportation à être ordonné prêtre;

2) Stanislaus Perry (1823-1898) est le premier Acadien élu à l’Assemblée législative de l’Île-du-Prince-Édouard et le premier Acadien des provinces maritimes à être élu à la Chambre des communes à Ottawa;

3) Joseph Alphonse Bernard (1881-1962) est le premier Acadien à être nommé lieutenant-gouverneur d’une province canadienne. Sa mère était la fille de Stanislaus Perry. Remarque : L’information portant sur Pierre Poirier comme étant l’un des évadés du Fort Lawrence en 1755 provient des recherches du généalogiste Placide Gaudet. Voir : « La famille Poirier (Généalogie préparée par feu Placide Gaudet) », L’Évangéline, 28 janvier 1943.

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