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Île Acadie ÎPE – PE

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Live the Acadian experience of Prince Edward Island

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La saga d’Alexis Doiron

par Georges Arsenault

Sans aucun doute, la Déportation constitue le point central de l’histoire des Acadiens. Il est impossible de saisir toute l’ampleur de ce drame humain, qui a radicalement changé le cours, non seulement de ce peuple, mais de toute la région maritime. En matière de chiffres, nous savons qu’entre 1755 et 1763, quelque 10 000 Acadiens sont arrachés de leurs terres dans le territoire qui comprend maintenant la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard, et sont déportés par les Britanniques dans les treize colonies anglo-américaines, en Angleterre et en France. Un grand nombre de victimes périssent au cours de cette épreuve.

Le bilan est particulièrement lourd parmi les personnes déportées de l’île Saint-Jean en 1758 : les deux tiers semblent avoir succombé lors de la traversée de l’Atlantique ou dans les mois qui ont suivi leur arrivée en France. Les Acadiens appellent cette triste période de leur histoire « le Grand Dérangement ». L’expression se rapporte non seulement à la déportation réelle, mais aussi à la période de longues errances des Acadiens à la recherche d’une nouvelle patrie, une recherche qui a duré, dans de nombreux cas, jusqu’au début des années 1800. Pendant de nombreuses années, les historiens ont cru que les Acadiens modernes de l’Île-du-Prince-Édouard descendaient presque exclusivement d’un petit groupe de réfugiés de la région de Malpèque qui ont échappé à la déportation en 1758. Aujourd’hui, des décennies de recherche généalogique sur des familles acadiennes de l’Île-du-Pays changent cette notion. Nous nous rendons compte que de nombreux Acadiens qui ont fui l’île Saint-Jean ou qui ont été déportés sont revenus sur les lieux. La tâche de reconstruire l’histoire des familles qui ont vécu ces années turbulentes est plutôt difficile. Les documents de la période traitant de personnes ou de familles particulières sont presque inexistants. Les quelques documents qui existent ne donnent généralement que des informations fragmentaires. Malgré ces inconvénients, il est encore possible de retracer et de suivre certaines familles.

Il en va ainsi de celle Alexis Doiron, ancêtre des Doiron* de l’Île-du-Prince-Édouard et de la région de Pomquet, dans le comté d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse. Grâce à des fragments d’informations recueillies auprès de nombreuses sources, sa saga peut maintenant être racontée en détail. Ce représentant acadien a vécu une remarquable odyssée ponctuée de revers et d’épreuves. Son histoire sert d’étude de cas sur la façon dont une famille acadienne a survécu aux années catastrophiques de la Déportation pour retourner à l’Île-du-Prince-Édouard.

Alexis Doiron de la Nouvelle-Écosse voit le jour à Pisiquid (aujourd’hui Windsor, Nouvelle-Écosse) le 29 juin 1723, fils de Louis Doiron et Marguerite Barrieau. Son grand-père, Jean Doiron, est l’ancêtre de la famille Doiron en Amérique du Nord. Né en France vers 1649, il serait arrivé en Acadie vers 1670. Vers l’âge de quatre ans, Alexis devient orphelin de père. Sa mère ne se remarie pas et elle élève seule ses quatre enfants. Le 12 septembre 1743, Alexis, âgé de 20 ans, s’unit en mariage à Marguerite Thibodeau, également de Pisiquid. Les enfants ne tardent pas à venir, Marguerite donne naissance à au moins trois enfants avant 1750 : Alexis-Grégoire, Josaphat et Théodore.

Lorsque Alexis Doiron naît en 1723, l’Acadie (c’est-à-dire la terre principale de la Nouvelle-Écosse) est une colonie britannique depuis dix ans. Malgré cela, les Acadiens et Acadiennes vivent une période de paix et de prospérité qui se prolongera pendant quelques décennies. La déclaration de guerre entre l’Angleterre et la France en 1744 marque la fin de ces années de stabilité. Au cours de ce conflit international, appelé guerre de Succession d’Autriche, la France tente de reconquérir sa colonie acadienne, mais sa tentative se solde par un échec. Le traité d’Aix-la-Chapelle met fin à la guerre en 1748, mais les retombées du conflit se font sentir longtemps en Acadie. Les Acadiens se trouvent dans une situation beaucoup plus précaire qu’auparavant. En fait, les autorités britanniques les accusent d’avoir appuyé les forces françaises pendant les hostilités. Les Britanniques se méfient davantage de ces « French Neutrals », comme ils désignent les Acadiens qui refusent de prêter un serment d’allégeance inconditionnel au monarque britannique, mais qui s’engagent à demeurer neutres dans l’éventualité d’un conflit entre leur mère patrie et la Grande-Bretagne. À Pisiquid, où demeurent Alexis Doiron et sa famille, les Britanniques érigent le Fort Edward. Sentant la menace de danger, et encouragées par les missionnaires français, de nombreuses familles quittent leur village pour aller s’établir en territoire français, notamment à l’île Saint-Jean. Alexis Doiron, sa femme Marguerite et leurs enfants, ainsi que d’autres membres de leur famille élargie, font partie de ce groupe. En 1750, ils s’installent à Grande-Anse (aujourd’hui Orwell Bay) sur la côte sud de l’Île-du-Prince-Édouard. Il s’agit du premier de nombreux déplacements que la famille Doiron subira au cours des trois prochaines décennies. Il n’a pas dû être facile pour les Doirons, comme pour leurs voisins, de quitter leurs fermes bien établies sur les terres fertiles des rives du bassin des Mines pour aller refaire leur vie dans une région densément boisée et éloignée.  À peine installée sur l’Île, la famille Doiron subit une lourde épreuve : Marguerite meurt, laissant son mari Alexis avec trois jeunes enfants. La date précise du décès reste inconnue, mais la tragédie a lieu quelque temps avant la visite à Grande-Anse du recenseur du roi, Joseph de la Roque, pendant l’été 1752. Dans son recensement bien détaillé, le recenseur donne des renseignements bien précis au sujet de la famille Doiron : ALEXIS DOUARON, veuf, habitant laboureur, natif à l’Acadie, âgé de 29 ans, il y a en a deux qu’il est dans le pays. Il a trois garçons : Grégoire, âgé de 8 ans. Joseph, âgé de 6 ans. Theodore, âgé de 3 ans. (Pour consulter la Saga complète d’Alexis Doiron de Georges Arsenault, voir la référence française et la référence anglaise.

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